Dilara Bayrak

Dilara Bayrak

Question écrite déposée par Dilara Bayrak en juin 2021

Texte complet et réponse du Conseil d’Etat: Q 3862 A

Exposé de la question:

Avec le PL 12645 prévoyant le transfert des activités de la fondation
Eclosion à la FONGIT, Genève a transmis le seul incubateur spécialisé dans
le domaine de la biotechnologie à une entité « généraliste ». Les raisons de ce
transfert trouvent leur source dans des anomalies organisationnelles au sein
de la fondation Eclosion. Le transfert en tant que tel semblait tout à fait
opportun en novembre 2020, ceci afin de ne pas prétériter les entreprises qui
dépendaient alors de la fondation.

Comme j’ai pu l’exprimer lors des débats sur ce PL, il se trouve que la
biotech est un domaine complexe et que, pour véritablement venir en aide au
développement dans ce secteur, il est préférable d’y attribuer des moyens
spécifiques et spécialisés. C’est notamment le cas dans les autres cantons
suisses tels que Bâle ou Zurich, mais également dans les villes de Bruxelles,
Londres, Munich ou encore Oslo, soit les plus grands hubs biotech en
Europe. Les sommes investies en faveur de ce domaine dans ces villes ont
créé énormément de travail dans leurs régions respectives. Ainsi, si le
transfert de l’unique incubateur actif dans la biotech à une entité généraliste
est prévu durablement et non pas pour résoudre des problèmes
organisationnels, alors Genève fait l’exact opposé de ce que font les leaders
dans ce domaine.

Au vu de l’importance de la biotech, tant au niveau des retombées
économiques pour notre canton qu’au niveau des projets nés des recherches
et pouvant créer des solutions notamment au réchauffement climatique, mes
questions sont les suivantes :

  • Quelle est la stratégie du canton de Genève pour favoriser le secteur de
    la biotechnologie ?
  • La biotechnologie est composée de différentes sous-catégories,
    notamment de biotech dans le domaine de la santé, de l’agriculture, de
    l’industrie, de la protection de l’environnement ou encore de la
    pédagogie. Quels sont les ratios de développement de la biotech dans ces
    différents domaines à Genève ?
  • Dans quel(s) autre(s) secteurs(s) à haute valeur ajoutée le canton de
    Genève souhaite-t-il investir afin de devenir un véritable hub et ainsi
    créer de l’emploi dans la région ?
  • Est-ce que le canton de Genève a prévu de collaborer avec l’Université
    de Genève afin de soutenir le domaine de la physique quantique ?

Réponse du Conseil d’Etat

En préambule, il est nécessaire de rappeler les principes qui sous-tendent
ce regroupement des activités d’accompagnement des start-up technologiques
dans une seule entité. L’exposé des motifs de la loi 12645 décrit les
tendances de convergence des technologies qui ont motivé le regroupement
des activités d’accompagnement des projets issus du domaine des sciences de
la vie de la Fondation Eclosion avec les activités de la Fondation Genevoise
pour l’Innovation Technologique (FONGIT).

Pour mémoire, dans les années 2000, les domaines des sciences de la vie,
de la pharmacologie, de la biotechnologie, des technologies de l’information
et des communications (TIC), ainsi que les autres sciences et technologies,
étaient considérés comme distincts. Cependant, le monde de l’innovation
tend actuellement vers une évolution fondamentale, à savoir la convergence
des technologies qui n’a fait que se renforcer durant cette dernière décennie.

Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques
(OCDE), la mise sur le marché de produits qui reposent sur la convergence
de différentes technologies est accompagnée de l’émergence de « plateformes
technologiques ». Il s’agit de zones situées à la frontière de différentes
technologies, qui constituent la base d’une série de nouveaux produits et
procédés. Dans le domaine de la biotechnologie plus particulièrement, les
plateformes se sont développées autour d’outils de recherche pour les tests de
génétique moléculaire, la découverte de médicaments et d’autres applications
de la biotechnologie industrielle; les plateformes TIC sont de plus en plus
étroitement liées aux plateformes des sciences du vivant en génétique et en
biologie synthétique.

Les nouvelles technologies se combinent et laissent apparaître un
regroupement des sciences de la vie, de la biologie, de la physique et du
numérique. Les acteurs des sciences de la vie vont désormais au-delà des
projets de recherche et se lancent sur des produits et services qui intègrent
des nouvelles techniques, notamment dans les domaines de l’intelligence
artificielle, de l’ingénierie de précision, des nanotechnologies, de l’internet
des objets, de la médecine personnalisée et du logiciel.

Ainsi, au niveau médical, l’innovation intègre de plus en plus des
technologies issues de la biotechnologie, de l’informatique et des
nanotechnologies. La convergence de ces domaines d’expertise représente un
enjeu pour le développement économique. L’intégration des activités de la
Fondation Eclosion dans la FONGIT, indispensable pour répondre à cette
nouvelle dynamique, permet d’offrir aux porteurs de projets d’innovation et
aux entreprises la possibilité de bénéficier des différentes compétences au
sein d’un même organisme.

  • Quelle est la stratégie du canton de Genève pour favoriser le secteur de
    la biotechnologie ?

Dans ce contexte de convergence des technologies, l’Etat de Genève
privilégie l’accompagnement des start-up par le biais d’experts issus du
domaine des sciences de la vie, qui disposent d’un réseau étant à même
d’apporter une valeur ajoutée aux porteurs de projets.

Ainsi, la FONGIT est en mesure d’apporter un soutien aux projets
d’entreprises en compétences précliniques et cliniques, industrielles et
entrepreneuriales qui permettent de valider scientifiquement et
économiquement les applications potentielles d’une découverte.

Les besoins en infrastructure de laboratoires sont mutualisés et les
porteurs de projets peuvent utiliser les infrastructures et les différente plateformes de l’Université de Genève (UNIGE). Cette économie d’échelle
permet aux start-up de disposer d’un équipement et de matériel de pointe
qu’un incubateur isolé ne pourrait acquérir.

Par ailleurs, l’Etat de Genève a soutenu le développement d’un pôle
d’excellence dans le domaine des neurosciences au travers du soutien à la
Fondation Campus Biotech (FCBG) et du regroupement de plusieurs instituts
de recherche sur le site du campus.

Pour rappel, la FCBG, à but non lucratif, a été créée le 5 décembre 2013
par l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), l’UNIGE et le
canton de Genève pour gérer les entités académiques, cliniques et
entrepreneuriales, héberger et soutenir les groupes de recherche, ainsi que
pourvoir au financement et opérer les plateformes de support communes du
Campus Biotech. Ainsi, ce dernier regroupe des activités de recherche dans
les domaines des neurosciences, des neurotechnologies et de la santé
numérique.

A ce jour, la FCBG intègre plus de 15 entités issues des hautes écoles et
instituts de recherche, comme le Centre Interfacultaire en Sciences Affectives
(CISA), le Health 2030 Genome Center, le Centre de Neuroprothèses (CNP),
l’Institut de Santé Globale (ISG), l’Institut Suisse de Bioinformatique (SIB)
ou encore le Wyss Center for Bio and Neuroengineering. La communauté qui
profite des infrastructures de la FCBG compte plus de 1 800 personnes.

La FCBG contribue ainsi à créer un nouvel écosystème promouvant une
approche interdisciplinaire des sciences de la vie dans une perspective
résolument translationnelle.

Il est à souligner que l’Etat de Genève a également soutenu la FCBG par
le biais d’un financement de 5 millions de francs pour accueillir le centre de
recherche du Blue Brain Project, constitué de plateformes de simulation, du
quartier général du projet, ainsi que des locaux d’accueil.

En outre, l’Etat de Genève soutient le développement l’initiative
« BrainHealth » (BHI) sur le Campus Biotech visant à rassembler une vision
collaborative dans laquelle des neuroscientifiques fondamentaux et
translationnels, des ingénieurs et des cliniciens feraient équipe. La BHI
promeut les efforts interdisciplinaires pour faire progresser de manière
significative notre compréhension du cerveau. Cette initiative se base notamment sur la convergence des neurosciences fondamentales, de
l’ingénierie, de l’informatique et des neurosciences cliniques au sein du
Campus Biotech.

Finalement, le canton de Genève participe activement aux efforts de
promotion de la plateforme Bioalps. Cette plateforme est soutenue par les
cantons de Suisse occidentale et par la Confédération dans le cadre de la
Nouvelle Politique Régionale (NPR). Elle a pour objectifs, d’une part, de
créer des liens entre les acteurs des sciences de la vie, afin de développer des
synergies et des nouvelles opportunités affaires et, d’autre part, de
promouvoir la Suisse occidentale comme pôle d’excellence dans le domaine
des sciences de la vie, dans le but d’attirer des talents dans la région en
profilant la Suisse occidentale comme pôle d’excellence dans le domaine des
sciences de la vie.

En vue de participer activement au déploiement des activités de la
plateforme Bioalps dans le canton de Genève, le développement du cluster
des sciences de la vie est soutenu par la direction générale du développement
économique, de la recherche et de l’innovation (DG DERI).

  • La biotechnologie est composée de différentes sous-catégories,
    notamment de biotech dans le domaine de la santé, de l’agriculture, de
    l’industrie, de la protection de l’environnement ou encore de la
    pédagogie. Quels sont les ratios de développement de la biotech dans ces
    différents domaines à Genève ?

Malheureusement, les données à un tel niveau de granularité ne sont pas
disponibles. Les sciences de la vie recouvrent de nombreux secteurs et sont
hautement interdisciplinaires. Cette diversité, couplée à l’arrivée de nouveaux
entrants, notamment avec la médecine numérique, rend difficile
l’établissement de chiffres précis et fiables.

En outre, les activités des sciences de la vie ne font pas partie d’un
agrégat communément présenté dans la nomenclature générale des activités
économiques (NOGA) qu’utilise la statistique publique.

De surcroît, les établissements sont classés selon leur activité principale
dans les rubriques de la nomenclature des activités (NOGA). Si, au sein d’un
établissement, plusieurs activités économiques sont exercées, il n’est pas
possible d’identifier la partie des emplois qui concerne uniquement les
sciences de la vie. Une difficulté particulièrement marquée pour le secteur
des medtechs, car de nombreuses entreprises industrielles ont décidé ces
dernières années de se diversifier vers le domaine des technologies médicales, domaine moins cyclique et offrant généralement de meilleures
marges que d’autres activités industrielles.

  • Dans quel(s) autre(s) secteurs(s) à haute valeur ajoutée le canton de
    Genève souhaite-t-il investir afin de devenir un véritable hub et ainsi
    créer de l’emploi dans la région ?

Dans le cadre de la mise en oeuvre de la politique de développement
économique, le canton de Genève privilégie la stratégie des systèmes
régionaux d’innovation (RIS), basés sur des espaces économiques
fonctionnels bénéficiant de la triple hélice essentielle aux processus
d’innovation (entreprises, hautes écoles et pouvoirs publics). Un RIS
regroupe toutes les organisations et institutions qui collaborent en réseau et
contribuent aux processus d’innovation d’une région.

Le concept RIS se concentre sur l’innovation, qui signifie créer de
nouveaux produits et prestations ou de nouveaux processus, et relève a priori
de la responsabilité des entreprises. L’échange régional entre des entreprises,
des établissements de formation et de recherche, ainsi que les pouvoirs
publics, constitue toutefois un terrain fertile pour l’essor des innovations.

Sur cette base, les pôles d’excellence identifiés dans le canton
comprennent notamment l’industrie créative, la fintech en intégrant la sécurité
informatique et l’intelligence artificielle, la finance durable et la mobilité
douce.

Ceci étant, de manière plus générale, le département de l’économie et de
l’emploi (DEE), et plus particulièrement le dispositif de soutien aux
entreprises, collabore étroitement avec les hautes écoles et les instituts de
recherche, dont l’UNIGE et les Hautes écoles spécialisées de Suisse
occidentale (HES-SO), pour la mise en place d’un véritable écosystème de
l’innovation qui se caractérise par le modèle suivant :

  1.  à court terme : la valorisation du potentiel d’innovation des hautes
    écoles genevoises en favorisant d’une part l’éclosion de projet
    d’entreprises et, d’autre part, le transfert de technologie vers des
    PME;
  2. à long terme : le développement de la compétitivité des entreprises et
    la création d’emploi.

Afin d’atteindre cet objectif, une définition du processus menant d’une
idée à une innovation a été établie, ainsi que les rôles des institutions et des
organismes de soutien aux entreprises.

Dans ce cadre, les instituts de recherches couvrent les phases relatives à
l’identification de l’idée, à sa maturation et à son amorçage. Le dispositif de
soutien de l’économie accompagne soit les porteurs de projet qui souhaitent
créer leur entreprise par le biais de la FONGIT ou de l’association Genilem
(Génération Innovation Lémanique), soit les entreprises qui souhaitent
intégrer des innovations de produits ou de processus dans leur modèle
d’affaires par le biais de l’Office de promotion de l’industrie et des
technologies (OPI).

Pour rappel, pour la période 2020 à 2023, l’Etat de Genève vise à
développer les prestations des organismes liées à l’innovation par :

  1. la collaboration des organismes de soutien avec les hautes écoles
    genevoises dans une optique de maximisation de la création de valeur
    économique, que ce soit par le biais de la création d’entreprises à fort
    potentiel de croissance (start-up) ou de l’intégration de projets
    d’innovation dans le développement des PME;
  2. l’utilisation, par les organismes, des outils de soutien développés par la
    Conférence des chefs de département de l’économie public de Suisse
    occidentale (CDEP-SO) et la Confédération, intervenant à différents
    stades du processus d’innovation, dans le but d’offrir aux entreprises
    genevoises des prestations bénéficiant des effets de levier intercantonal
    et fédéral.

Il convient également de souligner que l’Etat de Genève aspire à stimuler
une innovation qui dépasse la seule innovation technologique. Les
innovations sociale, collaborative, culturelle ou organisationnelle sont autant
d’innovations qui peuvent et doivent contribuer à la création d’emplois et au
bien-être social.

  • Est-ce que le canton de Genève a prévu de collaborer avec l’Université
    de Genève afin de soutenir le domaine de la physique quantique ?

La Suisse est extrêmement bien placée en recherche fondamentale dans le
domaine quantique mais moins – hormis les exceptions que sont les sociétés
ID-Quantique SA et Zurich Instruments AG – dans les applications et
développements « industriels » des technologies quantiques.

L’UNIGE est reconnue mondialement dans le domaine de la
communication quantique, notamment au niveau des matériaux quantiques,
ainsi que dans le domaine du sensing et des simulations.

Pour mémoire, l’UNIGE est la première institution à avoir effectué des
communications quantiques hors du milieu protégé du laboratoire, en utilisant les fibres optiques sous le lac Léman. Elle est reconnue comme
leader mondial dans ce domaine depuis plus de vingt ans.

Le défi est de rester au meilleur niveau dans ce domaine très compétitif.
Trois projets de l’UNIGE ont fait partie de l’initiative Quantum Flagship,
dotée d’un milliard d’euros et lancée en 2018 par la Commission européenne
dans le but de soutenir la recherche en physique quantique et ses applications
industrielles. Depuis, l’Union Européenne a adopté une dynamique qui se
veut plus géostratégique et exclut désormais les pays non-membres des
domaines sensibles comme le spatial et le quantique.

Dans ce cadre, au niveau suisse, une demande pour un soutien
exceptionnel de la Confédération pour ce domaine stratégique a été faite.
Impliquant plusieurs hautes écoles, dont l’UNIGE, la proposition prévoit
plusieurs hubs en Suisse avec également un programme de formation à tous
les niveaux et des efforts conséquents pour développer les start-ups. Un
programme de formation dans le domaine de la physique quantique est aussi
prévu au niveau genevois, avec des développements appliqués.

L’Etat de Genève suit attentivement l’évolution de ce pôle d’excellence
relatif à la physique quantique et soutient son développement.