Dilara Bayrak

Motion déposée par Dilara Bayrak en février 2026

Texte complet: M 3201

Exposé de la question:

De nombreuses personnes au chômage sont pénalisées depuis le début de l’année 2026 par des retards importants dans le versement de leurs indemnités. Ce dysfonctionnement trouve son origine dans la mise en service, au début de l’année 2026, d’un nouveau système informatique centralisé de gestion et de paiement des indemnités de l’assurance-chômage, déployé au niveau fédéral sous la responsabilité du Secrétariat d’État à l’économie (SECO). De plus, les cantons avaient déjà alerté la Confédération des risques à venir[1].

Ces dysfonctionnements ont eu pour conséquence directe des retards parfois considérables dans le versement des indemnités de chômage, touchant en priorité des personnes nouvellement inscrites ou en situation de transition professionnelle. Il faut rappeler qu’à Genève le nombre de personnes en recherche d’emploi a malheureusement considérablement augmenté. En un an, le nombre de bénéficiaires de l’assurance chômage a augmenté de 1’441 personnes[2]. Les personnes concernées se retrouvent ainsi privées de revenus pendant plusieurs semaines, alors même qu’elles remplissent toutes les conditions légales pour percevoir leurs prestations.

Concrètement, des personnes ayant droit à des indemnités de chômage se retrouvent, parfois durant plusieurs semaines, sans aucun revenu. Cette absence soudaine de moyens financiers entraîne des conséquences immédiates et graves : loyers impayés, rappels et poursuites, difficultés à assumer les primes d’assurance-maladie, voire recours forcé à l’aide sociale ou à l’endettement privé. Une telle situation est d’autant plus choquante que les personnes concernées ont cotisé à l’assurance-chômage et remplissent pleinement les conditions légales pour percevoir leurs prestations.

Malgré les efforts déployés par le SECO, de nombreuses personnes se retrouvent encore en attente de leurs indemnités et cette situation ne fait que péjorer encore un peu plus leur situation sociale[3]. En janvier, seules 85% des prestations prévues ont été versées, selon le SECO[4].

Les services cantonaux – offices régionaux de placement, caisses de chômage, services sociaux et structures d’orientation – sont aujourd’hui en première ligne pour faire face à cette crise. Ils doivent à la fois gérer une augmentation soudaine du nombre de dossiers urgents, répondre à une forte demande d’informations et accompagner des personnes en détresse, le tout avec des effectifs et des moyens qui ne sont pas dimensionnés pour absorber une telle surcharge liée à un problème externe au canton.

Si la responsabilité du dysfonctionnement informatique relève clairement de la Confédération, ses conséquences sociales, elles, se matérialisent au niveau cantonal. Le Conseil d’État genevois ne peut se limiter à attendre une résolution technique fédérale alors que des personnes risquent de perdre leur logement ou de voir leur situation sociale durablement péjorée.

Il appartient dès lors au canton d’agir de manière rapide, ciblée et temporaire afin de combler ce vide de revenus. Cela implique, d’une part, de renforcer immédiatement les effectifs et les moyens permettant l’octroi effectif et accéléré d’avances sur indemnités de chômage, et, d’autre part, de garantir un accompagnement et une orientation renforcés pour éviter les situations de non-recours ou de basculement inutile vers l’aide sociale.

Enfin, la question du logement constitue un enjeu central. À Genève, où le marché locatif est particulièrement tendu, un retard de paiement peut rapidement mener à une résiliation de bail. Le canton dispose toutefois d’une expérience récente et probante en la matière : durant la crise du COVID-19, des mécanismes extraordinaires ont permis de prévenir efficacement les loyers impayés et les expulsions. Ces outils doivent aujourd’hui être réactivés et adaptés afin d’éviter que des personnes ne perdent leur logement pour des retards d’indemnités dont elles ne portent aucune responsabilité.

La présente motion vise ainsi à apporter une réponse à l’échelle du canton pragmatique, humaine et proportionnée à une crise transitoire mais socialement dévastatrice, en affirmant que la solidarité cantonale doit pleinement jouer lorsque des défaillances systémiques mettent en péril la sécurité matérielle de la population.

[1] https://www.24heures.ch/seco-les-cantons-avaient-alerte-sur-la-debacle-informatique-842344325248

[2] https://link.infos.ge.ch/m/view/200332/510571/Dba9fFoJVd5_d2-9TImUJQ==?actId=~asCdpFbFvSYOb3MaftRY_yY1CIMaFF-qL9boBkZkxJ9sZzICMZr1B5D2uFaxk8SSYwNMgJDjtw7fyG_7x0MklV-NHYSqvHGYYx_02KjLNV4Fw3F7MxvgkNhE%3D&actCampaignType=CAMPAIGN_MAIL&actSource=510571

[3] https://www.rts.ch/info/suisse/2026/article/retards-des-indemnites-chomage-le-seco-peine-a-tenir-ses-promesses-29138098.html

[4] https://www.rts.ch/info/suisse/2026/article/retard-des-indemnites-chomage-comment-gerer-ses-factures-en-attendant-29142620.html