Il est curieux – pour ne pas dire indécent – de voir la majorité du Grand Conseil s’acharner à adopter des dispositions que la justice a pourtant déjà annulées.

L’interdiction des signes ostentatoires religieux au sein des conseils municipaux et du Grand Conseil figurait initialement dans la loi sur la laïcité de l’État (LLE). En 2019, la Cour de justice a invalidé plusieurs dispositions de cette loi, au motif qu’elles portaient atteinte aux droits fondamentaux. Parmi les articles annulés figurent précisément ceux que le Grand Conseil a de nouveau adoptés en novembre 2025. Or, les motifs de cette invalidation sont toujours valables en 2026, car nous sommes toujours dans un État de droit, fondé sur le respect de la loi et des droits humains.

Pourquoi cette interdiction pose problème? Parce qu’elle repose sur une confusion fondamentale: la neutralité religieuse s’impose aux fonctionnaires et aux membres du gouvernement. Elle ne saurait être étendue aux élus cantonaux et municipaux.

Des représentants du peuple

Ces derniers ne sont pas les représentants de l’État, mais ceux du peuple. Ils n’agissent pas au nom de l’État: ils expriment les valeurs et les convictions des citoyens qui les ont élus. Le parlement doit refléter la diversité des opinions qui traversent la société, y compris religieuses. C’est cela, la démocratie. L’État n’a pas à effacer ce pluralisme, mais à le garantir. Et il n’est pas anodin qu’aucun autre canton n’impose une telle restriction à ses parlementaires.

Plus grave encore, cette interdiction cible en réalité des minorités bien identifiées: même si les débats ont porté sur le foulard des femmes musulmanes, la kippa des hommes juifs est tout aussi concernée. Même élus, ils ne pourraient siéger sans renoncer à une part d’eux-mêmes. La justice l’avait déjà relevé: ces dispositions violent la liberté de conscience et de croyance.

Il ne faut pas se méprendre, ce retour en arrière est parfaitement assumé. Il s’agit d’une stratégie de diversion, qui permet de monopoliser l’attention des citoyens sur des non-problèmes. Pendant que les loyers explosent et que le coût de la vie étrangle une partie croissante de la population, on légifère sur l’apparence des élus.

Mais la dérive ne s’arrête pas là. Ce texte de l’UDC a été déposé avec un autre projet du PLR, actuellement en traitement, visant à retirer partiellement à la Cour de justice la compétence d’examiner les lois constitutionnelles.

Le lien est limpide: d’un côté, on revote des normes déjà invalidées, de l’autre, on prive la justice du pouvoir de les contrôler, en anticipant une nouvelle annulation. Or, dans un État de droit, on ne modifie pas les compétences de la justice parce qu’un jugement déplaît. Ces méthodes réactionnaires sont inacceptables et doivent être dénoncées.

Et si, malgré tout, l’on considère désormais que les députés représentent l’État, je m’en vais de ce pas le représenter et en engager la responsabilité au sein des manifestations pour le climat, pour les droits des travailleurs, pour les femmes, pour la Palestine, etc.