Le Rapport du groupe de pilotage chargé d’élaborer des pistes d’économies constitue une véritable tentative de démantèlement de l’Etat social genevois. Sous couvert de rationalité budgétaire et de comparaisons vaseuses avec les autres cantons, il propose une remise en cause profonde des prestations publiques et des mécanismes de solidarité qui font la cohésion sociale genevoise. Le groupe d’experts propose de couper à la hache dans les politiques publiques les plus cruciales pour les populations à bas revenus, les jugeant «trop gegénéreuses», alors qu’elles constituent un levier essentiel pour corriger les inégalités systémiques qui structurent la société genevoise.

Dans la novlangue propre à l’orthodoxie libérale, le groupe d’experts préconise notamment des «mesures de mise à niveau» et «d’ajustement des relations de travail» dans les domaines de la santé, de l’aide sociale, de la mobilité et de la formation. Derrière ces formules euphémisantes, il s’agit concrètement (entre autres): de diminuer les prestations (accès à l’université, aide sociale), d’affaiblir leur qualité (plus d’élèves par classe pour moins d’enseignant·e·s, baisse de la subvention des HUG, de la qualité d’accueil dans les EMS), de détériorer les conditions de travail de la fonction publique (travailler plus pour le même salaire), de reporter des charges vers les communes et de remettre en cause des décisions populaires (augmentation des tarifs TPG et suppression de la gratuité pour les jeunes). Du point de vue des Vertes et des Verts, la limitation des investissements est également particulièrement choquante, alors que nous devons absolument nous donner les moyens d’abaisser nos consommations énergétiques.

« Derrière un vernis pseudo-scientifique et un vocabulaire technocratique se cachent des conséquences très concrètes : hausse des taxes universitaires, réduction des prestations sociales, augmentation du prix des transports publics ou transfert de charges vers les communes. Ce rapport applique une logique purement comptable qui ignore les réalités et les spécificités genevoises, au détriment direct de la population », dénonce Julien Nicolet-dit-Félix, député vert et membre de la commission fiscale au Grand Conseil.

Si le Conseil d’État suit ces recommandations, il conduira le canton dans une impasse sociale et budgétaire. Au moment même où les besoins explosent, où les plus hauts revenus continuent de croître et où un nombre toujours plus important de Genevoises et Genevois basculent dans la précarité, les coûts de l’aide sociale augmentent mécaniquement. Et quelle est la réponse proposée dans ce rapport ? Réduire encore les prestations publiques, au risque d’aggraver la précarité et, par conséquent, d’alourdir encore davantage les charges sociales. Une logique absurde et profondément contre-productive.

L’augmentation des dépenses sociales n’est pas le problème : elle est le symptôme direct d’inégalités qui se creusent. Le rôle de l’Etat est précisément de les corriger, pas de les aggraver. Le mythe du ruissellement a échoué partout où il a été appliqué. Sans services publics forts et sans redistribution, les inégalités ne diminuent pas : elles explosent.

« Les auteurs du rapport ne manquent pas de cynisme en proposant, non pas d’augmenter les impôts des plus riches pour financer les besoins croissants, mais d’augmenter ceux des plus précaires, via la taxe personnelle, un forfait payé par toutes et tous, y compris par celles et ceux qui se situent sous les seuils d’imposition ! », souligne Julien Nicolet-dit-Félix.

C’est également une impasse politique. Ni la population genevoise ni une large partie des forces politiques du canton n’accepteront un démantèlement aussi brutal des prestations publiques, des aides sociales, de la mobilité ou de la formation. Genève a fait à de nombreuses reprises le choix de renforcer ses services publics et sa cohésion sociale. Ce rapport tourne le dos à cette réalité démocratique. Il est exclu de demander aux plus pauvres de financer les baisses d’impôt des plus riches. 

Contacts

Julien Nicolet-dit-Félix, députée et membre de la commission fiscale
Emilie Fernandez, députée et membre de la commission des finances
Pierre Eckert, député et membre de la commission des finances