La neutralité suisse est utile. Mais être neutre ne veut pas dire fermer les yeux. Encore moins se lier les mains face à ceux qui bafouent le droit international.
Pas Delphine Klopfenstein Broggini
C’est pourtant ce que ferait l’initiative sur laquelle nous voterons le 27 septembre. Elle empêcherait la Suisse de prendre des sanctions contre un pays engagé dans une guerre, sauf si celles-ci sont décidées par l’ONU.
Prenons un exemple concret. Lorsque la Russie a attaqué l’Ukraine, la Suisse a repris les sanctions européennes. Avec cette initiative, une telle décision ne serait plus possible. Notre pays pourrait condamner l’agression, mais il devrait renoncer à l’un de ses principaux moyens de pression.
Alors que nos voisins européens maintiendraient leurs sanctions, la Suisse risquerait de devenir une porte de sortie pour les régimes sanctionnés. Des entreprises et négociants en matières premières pourraient à nouveau faire des affaires avec le régime de Poutine, contribuant ainsi à renflouer sa caisse de guerre et faisant de notre pays une plateforme de contournement des mesures prises par nos voisins européens
Ce n’est pas cela, la neutralité.
La neutralité n’a jamais signifié l’indifférence face aux violations du droit international. Et ce serait particulièrement contradictoire pour la Suisse, dépositaire des Conventions de Genève et siège de nombreuses organisations internationales, de défendre le droit tout en se privant volontairement des moyens de réagir lorsqu’il est bafoué.
Notre neutralité doit nous permettre de dialoguer, d’offrir nos bons offices et de contribuer à la paix. Mais dialoguer n’interdit pas d’agir. Et être neutre ne signifie pas offrir un refuge économique à ceux qui mènent une guerre d’agression.
Cette initiative ne protège donc pas notre neutralité. Elle la transforme en contrainte et réduit notre souveraineté. Dans un monde de plus en plus instable, la Suisse doit garder sa liberté d’action. Se lier les mains face aux fauteurs de guerre n’est ni neutre, ni acceptable.