Il est cependant incompréhensible d’occulter simplement les paysan-ne-s et de lancer une telle initiative sans une seule organisation paysanne, alors que l’agriculture paysanne traverse une crise existentielle et que près de trois fermes disparaissent tous les jours en Suisse. Ainsi, elle ravive une opposition et des tensions générées par les initiatives agricoles de ces dernières années, également illustrées par les opposant-e-s qui parlent d’« initiative végane ».

Une opposition entre élevage et agriculture durable doit être jugée à l’aune du fait que 70 % des surfaces agricoles utiles en Suisse sont constituées de prairies et de pâturages, valorisables uniquement par le bétail, sans même tenir compte des alpages. Un paysage agricole et son économie se construisent sur des générations et le délai de dix ans pour une transformation aussi importante est illusoire.

Dans le contexte politique actuel, l’initiative risque ainsi de justifier une intensification du modèle d’agriculture industrielle par la robotisation, les monocultures, l’agrandissement des fermes et les cultures hors-sol énergivores. Il sera plus utile de créer une alliance large contre les nouveaux accords de libre-échange (Malaisie et Mercosur) et de peser sur la nouvelle politique agricole pour défendre une agriculture paysanne diversifiée, centrée sur la polyculture-élevage et permettant aux paysan-ne-s de vivre dignement. Pour cette raison, les Vert-e-s ont décidé de laisser la liberté de vote sur cette initiative.