Le G7 se réunira en juillet à Evian. Ce huis clos entre puissances industrielles sous une tutelle américaine désormais évidente est à l’image d’une gouvernance internationale et multilatérale mise à mal par des intérêts de puissances aux ambitions impériales. C’est une réunion critiquée et critiquable à plus d’un titre.

Malgré les demandes suisses, la France ne semble pas être disposée à autoriser l’expression démocratique populaire à proximité de cette réunion. Paris refuse également de donner des garanties financières à la Suisse en cas de débordements – le souvenir de 2003 est encore bien présent. C’est une attitude inquiétante du gouvernement français qui se mure dans un déni d’expression démocratique, illustré par ailleurs par les violences policières récurrentes contre des manifestations populaires. Ainsi Genève se retrouve en première ligne d’un autre enjeu: offrir un espace d’expression démocratique dans un contexte marqué par les crises du XXIe siècle, des conflits aux bouleversements climatiques. Et c’est une question qui revient avec insistance: faut-il restreindre la liberté d’expression au nom de la sécurité?

La liberté d’expression n’est pas une variable d’ajustement

Posée ainsi, la question est mal formulée. La vitalité et la robustesse d’une démocratie se mesurent à sa capacité de permettre à la tension, à la contradiction sociale de s’exprimer, que cela soit dans la rue, dans les médias, dans les institutions politiques ou juridiques ou encore dans l’économie. Dans une démocratie robuste, la liberté d’expression n’est pas une variable d’ajustement. Elle est un droit fondamental, particulièrement essentiel lorsque les enjeux sont globaux et les décisions concentrées entre les mains de quelques dirigeant-e-s. Les moments où ces dernier-e-s se réunissent sont précisément ceux où la société civile doit pouvoir se faire entendre. Autrement dit: sans liberté d’expression, la sécurité elle-même perd sa base démocratique. Opposer la sécurité et la liberté d’expression est une simplification politiquement dangereuse. Non seulement parce qu’elle est fausse, mais parce qu’elle installe une logique de renoncement.

Garantir la sécurité ainsi que la liberté de manifester

Il ne s’agit pas de nier les enjeux sécuritaires. Ils sont réels et doivent être pris au sérieux. Mais une démocratie fonctionnelle doit être capable d’organiser, d’encadrer et de sécuriser l’expression publique, pas de la restreindre par principe. La question n’est donc pas «faut-il choisir?», mais «comment garantir les deux?». Dans ce contexte, certaines prises de position récentes interpellent. Des milieux économiques genevois ont demandé l’interdiction des manifestations pendant le G7. C’est une dérive préoccupante. A-t-on demandé en l’an 2000 l’interdiction de la Banque cantonale genevoise parce qu’elle avait fait une perte de 3,2 milliards de francs à la charge du contribuable?

Cette demande marque un glissement problématique. Le rôle des acteurs économiques n’est pas de définir les limites des droits fondamentaux. En appelant à restreindre la liberté d’expression, ils sortent de leur mission et participent à une banalisation inquiétante de la mise en balance des droits. Cette posture contribue à légitimer l’idée que l’expression démocratique serait un problème à contenir, plutôt qu’un pilier à organiser. Cette même logique est à l’origine de la loi genevoise sur les manifestations. Dans une démocratie, la responsabilité civile liée à l’exercice de la liberté d’expression ne peut pas être déléguée à une gestion privée, elle appartient au domaine public et exige une gouvernance publique par la collectivité.

Genève doit rester une ville internationale de dialogue

Genève, ville internationale, n’est pas une ville comme les autres. Elle accueille des institutions internationales, des négociations majeures, des lieux de pouvoir global. Cette Genève internationale est également un facteur économique majeur dans la vie de la Cité et même du pays. Cette position implique une responsabilité particulière: celle de garantir non seulement la sécurité, mais aussi un espace d’expression pour la société civile. Faire taire cette expression reviendrait à affaiblir ce qui fait précisément le rayonnement et la légitimité de Genève comme place de dialogue.

Une démocratie solide ne choisit pas entre liberté et sécurité. Elle organise leur coexistence. Renoncer à cette exigence, même temporairement, c’est ouvrir la porte à un affaiblissement durable des droits fondamentaux. A l’inverse, garantir les deux, c’est affirmer une confiance dans nos institutions et dans notre capacité collective à faire vivre le débat démocratique.

A l’heure du G7, c’est ce choix qu’il faut assumer.