
Comme une impression de déjà-vu: après un budget au rabais, les comptes 2024 bouclent avec un excédent (extra)ordinaire
Encore un excédent spectaculaire après des prévisions dramatisées. Alors que le budget 2024 annonçait un déficit de 48 millions, les comptes bouclent avec plus d’un demi-milliard d’excédent. Les Vert-e-s dénoncent cette « politique des caisses vides » menée par la droite, qui affaiblit l’action publique et creuse les inégalités: sous-estimer les recettes pour bloquer les moyens nécessaires, puis justifier des cadeaux fiscaux aux plus riches. Résultat : des prestations publiques sous tension… et une population qui paie le prix de ces choix politiques.
Cela devient presque lassant à force de se répéter. Après un budget coupé à la tronçonneuse par la droite, voilà que les comptes dévoilent un énième excédent massif pour la cinquième année consécutive : alors que le budget 2024 (voté en automne 2023) annonçait un déficit de 48 millions, les comptes bouclent avec un excédent de 541 millions. Ce sont donc près de 600 millions de francs de différence, qui viennent à s’ajouter à l’écart cumulé de 6 milliards dans le cadre des budgets depuis 2020.
Ce scénario récurrent n’est pas le fait du hasard, mais de la « politique des caisses vides », consistant à dramatiser la situation budgétaire et à sous-estimer les recettes, afin de justifier le blocage de moyens nécessaires pour des prestations essentielles à la population.
Les Vert-e-s avaient précisément refusé de soutenir ce budget 2024, fortement amendé par la droite. Celle-ci n’avait pas hésité à sabrer le projet présenté par le Conseil d’Etat, y compris des prestations et investissements directement issus de projets de loi… qu’elle avait pourtant elle-même soutenus ! Rayés du budget, les postes prévus pour accélérer la rénovation énergétique des bâtiments, pour la création d’axes forts vélos, pour le développement ferroviaire, les postes d’enseignant-e-s destinés simplement à répondre à l’accroissement du nombre d’élèves ; amputées, les subventions pour les associations d’aîné-e-s et l’aide aux personnes précarisées, pour ne citer que certains exemples. Tout cela pour découvrir (ô surprise !) seize mois plus tard que les comptes sont une fois de plus largement excédentaires et qu’il y avait amplement de quoi financer ces prestations.
Deux constats s’imposent. D’une part, ces prévisions fiscales erronées biaisent les débats budgétaires. Le système d’évaluation des recettes doit donc impérativement être revu. A ce titre, notre député Julien Nicolet-dit-Félix a déposé une motion – bientôt débattue au Grand Conseil – demandant au Conseil d’Etat de revoir ses méthodes de prévision budgétaire en s’inspirant des autres cantons.
D’autre part, nous observons que la politique de la droite génère un cercle vicieux de croissance des inégalités : au printemps, les bonis exceptionnels justifient des cadeaux fiscaux aux plus riches (comme la baisse d’impôts votée fin 2024) et, à l’automne, des prévisions de recettes excessivement pessimistes contraignent l’Etat – et donc les personnes les plus précarisées – à se serrer la ceinture… Pour se retrouver seize mois plus tard avec de nouveaux bonis qui sont systématiquement qualifiés d’exceptionnels, alors qu’ils sont le fruit de choix politiques que nous contestons. En somme : des budgets au rabais, des comptes qui démentent ces prévisions alarmistes et, entre-temps, des conséquences bien réelles sur la qualité des prestations à la population genevoise.
En décembre dernier, les Vert-e-s ont soutenu avec responsabilité le compromis politique qui a permis l’adoption du budget 2025, qui, bien que perfectible, préservait certains équilibres fondamentaux. Mais rien n’est gagné : la volonté affichée de la droite d’assécher les ressources publiques laisse présager des exercices futurs bien plus délicats. Pour verrouiller encore davantage les politiques d’austérité, celle-ci a voté en janvier dernier les “lois-corsets”, que nous combattons en référendum. En cas d’entrée en vigueur, les conséquences de ces lois, qui visent à limiter structurellement les capacités de l’Etat, seraient des coupes massives dans les prestations et une dégradation des services de soin, d’éducation, de transport, etc.
Nous restons convaincu-e-s que l’Etat doit conserver une capacité financière forte afin d’assurer des prestations de qualité à l’ensemble de la population, ainsi que la capacité d’engager les investissements essentiels aux décennies qui nous attendent.
Contacts
- Marjorie de Chastonay – députée, vice-présidente de la commission des finances
- Emilie Fernandez – députée, membre de la commission des finances
- Pierre Eckert – député, membre de la commission de contrôle de gestion
- David Martin – député et chef de groupe