Une fois encore, le tour de passe-passe budgétaire a opéré. Alors que le Conseil d’Etat avait présenté un budget 2025 annonçant un déficit de 256 millions, les comptes réels affichent ce printemps un excédent de 50 millions, ainsi qu’une dette au plus bas niveau depuis 2016 et une réserve conjoncturelle abondante. Si cet excédent est moins spectaculaire qu’il a pu l’être par le passé, la méthode et les résultats sont les mêmes : dramatiser la situation, sous-estimer les recettes pour justifier des coupes… puis découvrir une caisse pleine une fois l’exercice clos.

Des coupes révoltantes dans un contexte de crise sociale

Cette méthode est d’autant plus indécente qu’elle sert de prétexte à des coupes impactant directement les plus précaires, avec le projet de suppression de l’indexation des subsides aux primes d’assurance-maladie, ainsi que la réduction de prestations financières versées aux bénéficiaires de l’aide sociale. Et ce n’est encore rien face au plan d’économies que le département des finances s’apprête à présenter d’ici quelques semaines!

« Dans un contexte où les loyers, les primes d’assurance-maladie et, par conséquent, la précarité ne cessent d’augmenter, le rôle de l’Etat est de soutenir la population, pas de la lâcher pour satisfaire les plus privilégié·e·s. » (Emilie Fernandez, présidente de la commission des finances)

Une mesure inadaptée à un « non-problème »

Les chiffres présentés par le Conseil d’Etat ce jour montrent que la situation économique est au beau fixe. Pour la huitième année consécutive, Nathalie Fontanet présente des recettes excédant largement les prévisions budgétaires, tout en qualifiant chaque fois l’exercice d’« exceptionnel » et donc à considérer « avec retenue ».

Face à ce « non-problème », la solution de l’exécutif : un plan d’économies, qu’il estime essentiel, malgré une économie florissante ! La raison invoquée ? La hausse des charges contraintes, soit pour l’essentiel l’aide sociale.

 « Cette hausse des charges contraintes nous inquiète également, mais pas pour les mêmes raisons : celle-ci n’est que le reflet mécanique d’une précarité grandissante. Le réel problème n’est pas le coût de l’aide sociale, mais bien la hausse de la pauvreté, qu’il faut combattre à la racine. Au lieu d’aller au bout du raisonnement et de se pencher sur des solutions pour réduire les inégalités qui ne cessent de se creuser, la solution du Conseil d’Etat est de couper dans les prestations aux plus précaires, qui ne profitent pas de l’économie florissante. » (Julien Nicolet-dit-Félix, membre de la commission fiscale)

Sortir de la dépendance au malheur des autres

Tout porte à croire que cette situation « exceptionnelle » va encore se reproduire dans les années à venir. Comme observé avec le déclenchement de la guerre en Ukraine, les nouveaux conflits qui éclatent aujourd’hui font gonfler le prix des matières premières et, par ricochet, les bénéfices du négoce et de la finance, dont Genève est l’une des premières plaques tournantes mondiales. …et donc l’une des premières bénéficiaires fiscales.

Une nouvelle dont on ne peut se réjouir : la prospérité de notre canton ne peut pas reposer sur le malheur des autres et les guerres dans le reste du monde. Il est urgent d’opérer un changement de cap et de sortir de notre dépendance structurelle à ces secteurs, en diversifiant notre économie et en misant sur d’autres, porteurs d’avenir.

En parallèle, il est urgent que la droite cesse enfin de croire au mythe du ruissellement : celui-ci ne fonctionne pas et n’a jamais fonctionné. A mesure que les fortunes des plus riches s’accroissent de manière disproportionnée, les inégalités se creusent et la précarité touche toujours plus de ménages, malgré la richesse globale du canton.

Contacts

Emilie Fernandez, députée et membre de la commission des finances
Pierre Eckert, député et membre de la commission des finances
Julien Nicolet-dit-Félix, députée et membre de la commission fiscale
Louise Trottet, députée et cheffe de groupe