La votation du 29 novembre à propos de la modification de la loi fédérale sur le matériel de guerre (LFMG) réveille des peurs enfouies au plus profond de nous: l’instinct de survie qui nous pousse à nous défendre, la crainte des autres, un réflexe archaïque de protection.

Pourtant, cette loi ouvre des portes vers quelque chose qui n’a rien à voir avec notre besoin de sécurité, la peur du futur ou la nécessité de se rassurer. 

Cette loi permet aux entreprises d’armement suisses d’exporter leurs productions à 36 nouveaux pays, dont certains sont en guerre actuellement, comme les Etats-Unis par exemple. Elle autorise également la réexportation, « la deuxième main », d’un certain nombre d’armes et de pièces détachées fabriquées en Suisse. Ce qui nous donne à penser que l’on pourra retrouver des cartouches helvétiques à Gaza… Est-ce cela que nous voulons ?

Cette loi cède le pouvoir de décision sur les autorisations de vente au Conseil Fédéral, bafouant ainsi les droits politiques et l’autorité du Parlement qui a pour le moment le dernier mot. Un recul de démocratie qui est dans l’air du temps avec tous les régimes de droite qui parviennent au pouvoir… Est-ce que cela est acceptable ?

Alors que les entreprises d’armement suisses réalisent des bénéfices records, pouvons-nous justifier l’engagement de la Suisse dans une course dangereuse des fabricants de canon en sacrifiant au passage notre politique de neutralité qui nous interdit de participer aux guerres ?

Enfin, si on jette un regard plus environnemental, on se rend compte que la plupart des matières transformées en engins de guerre dans nos usines d’armement sont importées. Il n’y a plus de mine de fer en Suisse, par exemple. Ces produits sont travaillés pour en faire un arsenal de destruction qui sera utilisé soit en exercice, tiré dans nos montagnes, soit directement sur des personnes. Ce qui participe à la dégradation du territoire, tue des êtres vivants et hypothèque notre futur. Imaginez la pollution chimique et les déchets qui subsistent ! Pouvons-nous sérieusement soutenir cela, et nous sentir en harmonie avec notre environnement et notre humanité ?

La modification de la loi sur l’armement est un cadeau à l’industrie de l’armement. En plus d’alimenter les théâtres de guerre, elle entame notre démocratie et dégrade notre environnement. Nous devons dire non, UN GRAND NON, à cette loi sur le matériel de guerre.

 

Antoine Mayerat, député suppléant au Grand Conseil

Rudi Berli, conseiller national