NON à une laïcité d’exclusion : Pour que le parlement reste le lieu du pluralisme démocratique
Par Chadlia Keller et Yves de Matteis
La laïcité protège la liberté de conscience. Elle ne doit pas devenir un instrument d’exclusion politique.
Le 14 juin prochain, la droite du Grand Conseil veut nous faire voter une disposition introduite en dernière minute en plénière lors du vote de la loi sur la laïcité de l’État : l’interdiction du port de signes religieux par des parlementaires aux niveaux cantonal et municipal.
Or, vouloir imposer cette interdiction – déjà jugée contraire à l’État de droit et invalidée par la cour de justice genevoise – ceci en modifiant notre Constitution, c’est trahir l’esprit même de la laïcité genevoise, qui vise la neutralité de l’État.
Elle ne doit concerner que celles et ceux qui parlent en son nom : membres du Conseil d’État, magistrats judiciaires, exécutifs communaux ou fonctionnaires d’État.
Le gouvernement parle d’une seule voix – principe de collégialité oblige –, l’administration porte cette parole unique et les juges appliquent une loi identique pour toutes et tous.
Au contraire, les élues et élus du peuple ne sont pas des agents de l’Etat : d’ailleurs si deux parlementaires devaient représenter l’État tout en exprimant des positions opposées, laquelle serait alors la parole de l’État ?
Un parlement – Grand Conseil ou 45 conseils municipaux – remplit une mission différente et indispensable à l’élaboration civilisée du vivre-ensemble : organiser démocratiquement le désaccord issu de la diversité des opinions d’un peuple que les parlementaires représentent dans sa diversité politique, socio-économique, philosophique, culturelle ou religieuse.
Le parlement doit rester le lieu d’une pluralité qui doit pouvoir être visible. Exiger que les parlementaires dissimulent une partie de leur identité revient à affaiblir la démocratie représentative elle-même.
Si cette loi est votée, les premières visées, les femmes musulmanes voilées, démocratiquement élues, ne pourront plus siéger.
Mise en œuvre, cette interdiction concernerait d’autres signes ou attributs ne présentant pas en eux-mêmes un caractère religieux : barbe, croix portée en pendentif décoratif, etc.
La laïcité protège la liberté de conscience. Elle ne doit pas devenir un instrument d’exclusion politique.