Pourquoi Genève doit autoriser la manifestation du 14 juin
Maryam Yunus Ebener, présidente des Verts, souligne que sécurité et liberté de manifestation ne doivent pas être opposées.
À l’approche du G7 dans la région lémanique, le débat genevois semble se refermer sur une alternative trompeuse: la sécurité ou la liberté de manifester. Ce choix n’en est pas un. Dans une démocratie solide, la liberté d’expression n’est pas une variable d’ajustement. Elle est un droit fondamental. Tout comme le droit à la sécurité. Ce dernier ne peut toutefois pas servir de justification générale à une restriction préventive de l’expression démocratique. Une démocratie digne de ce nom ne choisit pas entre la liberté et la sécurité: elle les garantit ensemble.
Le souvenir du G8 d’Évian en 2003 est régulièrement convoqué dans le débat public et alimente des inquiétudes légitimes. Mais il sert aussi, trop souvent, de référence commode pour tenter d’empêcher par avance toute mobilisation sociale d’ampleur. Pourtant, la réponse ne peut être ni l’interdiction ni la caricature. Elle doit être politique, concrète et responsable. Oui, il est possible de définir avec les organisateurs un cadre clair, un tracé visible et politiquement lisible, tout en limitant le passage par les zones sensibles. Oui, le dialogue peut permettre de rendre compatible la liberté de manifester avec la nécessité de réduire les risques. Certains propos tenus lors de la conférence de presse de la coalition No-G7 n’auraient pas dû être tenus. Le droit de manifester s’applique à toutes et tous quelles que soient les circonstances. Les Vert-e-s appellent donc toutes les parties à ne pas se tromper de débat. La vraie question est de savoir comment Genève est capable d’assurer à la fois la sécurité et l’expression démocratique.
Car le G7 n’est pas un simple rendez-vous protocolaire. C’est un moment où se concentrent des choix qui touchent aux guerres, au climat, aux inégalités, aux dérives autoritaires et à la gouvernance du monde. Dans ce contexte, faire place au débat, à la contestation et à l’expression citoyenne n’est pas un désordre à tolérer: c’est une nécessité démocratique, d’autant plus nécessaire lorsque les décisions se prennent entre quelques dirigeants, à huis clos, sur des enjeux qui concernent le monde entier. Genève aime se présenter comme une ville internationale, une place de dialogue et de médiation. Elle doit maintenant le prouver. Sa crédibilité ne se mesurera pas seulement à sa capacité à maintenir l’ordre, mais à sa capacité à faire vivre les libertés publiques au moment même où elles comptent le plus.
Maryam Yunus Ebener, présidente des Vert·e·s genevois·es