[R] Pour la protection des jeunes manifestants et le respect des libertés fondamentales, à Genève comme en France
Céline Bartolomucci
Résolution déposée par Céline Bartolomucci en octobre 2026
Texte complet: R1093
Exposé des motifs:
Depuis le 21 septembre 2026, la France connaît un important mouvement de mobilisation lycéenne et étudiante. Partout dans le pays, des milliers de jeunes se mobilisent pour dénoncer la dégradation de leurs conditions d’enseignement, le manque de personnel éducatif, la surcharge des classes et l’état parfois préoccupant des bâtiments scolaires. Ces revendications touchent à un droit fondamental : celui de pouvoir étudier et se construire un avenir dans des conditions dignes.
La réponse apportée à ces mobilisations suscite aujourd’hui une profonde inquiétude. Selon les chiffres du ministère français de l’Intérieur rapportés par Amnesty International le 5 octobre 2026, plus de 5 000 manifestantes et manifestants ont été interpellés, dont 85 % de personnes mineures. Amnesty International dénonce également un recours injustifié et disproportionné à la force, faisant notamment état de tirs de grenades lacrymogènes et de balles en caoutchouc ayant occasionné des blessures graves. Les conséquences de certaines interventions policières sont dramatiques. Le 5 octobre, à Lens, un adolescent de 15 ans a perdu une main à la suite de l’explosion d’une grenade assourdissante lors d’une mobilisation devant son lycée. Quelques jours auparavant, à Tours, un autre jeune de 16 ans avait été grièvement blessé à l’œil, présentant des lésions compatibles avec un tir de lanceur de balles de défense. Ces événements ne sauraient être banalisés. Le 7 octobre, le ministre français de l’Intérieur a annoncé la suspension temporaire de l’utilisation des grenades assourdissantes lors des manifestations lycéennes. Amnesty International a salué cette première mesure tout en réclamant leur interdiction définitive dans le cadre du maintien de l’ordre.
Le Canton de Genève reste attaché au fait que la liberté de manifester ne saurait justifier les violences commises contre des personnes ou des biens. Mais quelques débordements ne sauraient davantage justifier que l’ensemble des manifestants soit exposé à un usage indiscriminé ou disproportionné de la force. Dans un Etat de droit, le maintien de l’ordre doit répondre à des principes de légalité, de nécessité et de proportionnalité. Ces exigences sont d’autant plus essentielles lorsqu’il s’agit de personnes mineures, auxquelles les autorités doivent garantir une protection particulière.
La Convention relative aux droits de l’enfant, ratifiée tant par la France que par la Suisse, reconnaît expressément aux enfants la liberté d’expression et le droit de réunion pacifique. Ces droits ne sauraient demeurer théoriques lorsque des jeunes décident de prendre la parole pour défendre leurs conditions de formation et leur avenir. Une démocratie doit pouvoir entendre sa jeunesse, y compris lorsqu’elle conteste les choix de ses autorités. Manifester pacifiquement ne devrait jamais exposer un enfant au risque de subir une mutilation irréversible. Si ces événements se déroulent en France, ils ne peuvent laisser Genève indifférente. Notre canton et les territoires français voisins partagent bien davantage qu’une frontière. Au sein du Grand Genève, plus d’un million d’habitants vivent dans un même bassin de vie, traversent quotidiennement la frontière pour travailler, étudier ou retrouver leurs proches, et construisent ensemble leur avenir. Cette proximité humaine et institutionnelle constitue une véritable communauté de destin, fondée sur des intérêts communs, mais aussi sur des valeurs démocratiques partagées. Il ne s’agit nullement, pour le Grand Conseil genevois, de se substituer aux autorités françaises, mais de rappeler que la défense des libertés fondamentales ne s’arrête pas aux frontières et que les engagements internationaux librement souscrits par nos deux pays constituent un socle commun. Genève, qui accueille le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et de nombreuses organisations humanitaires, a par ailleurs une responsabilité particulière dans la promotion de ces principes.
Par cette résolution, le Grand Conseil est invité à exprimer sa préoccupation face aux violences documentées, à rappeler son attachement à la protection des mineurs et à encourager un dialogue institutionnel avec les autorités françaises sur le respect des libertés fondamentales.