Marjorie de Chastonay

Motion verte déposée par Marjorie de Chastonay en octobre 2020

Texte complet: M 2682

Exposé des motifs:

En date du 28 mai 2020, l’Aire subissait une énième pollution
accidentelle, tuant notamment des centaines de poissons et rendant l’eau
insalubre. La cause en était la déficience de la station de pompage de
Confignon des eaux usées du coteau de Confignon, Lully, Perly-Certoux et
Saint-Julien.

En septembre 2012, l’Etat de Genève s’est doté d’une loi sur la
biodiversité, puis d’une « Stratégie Biodiversité » comme bases d’un plan
biodiversité 2020-2023 actuellement en suspens devant la commission de
l’environnement et de l’agriculture du Grand Conseil (RD 1351). Tant la
stratégie que le plan d’action comportent des propositions en vue d’améliorer
la situation déplorable de nos rivières.

L’analyse de la situation montre en effet de nombreux points à améliorer,
malgré une législation exigeante et d’importants travaux de renaturation
consacrée à cette rivière.

Le service de l’écologie de l’eau (SECOE) analyse la qualité des eaux de
l’Aire tous les six ans, une fois par mois sur dix mois, donc dix analyses
approfondies de février à novembre. Dans le dernier rapport publié des
mesures effectuées en 2016, on peut se rendre compte à quel point l’Aire est
polluée, aussi depuis le territoire suisse.

Du dernier rapport de la direction générale de l’eau, les éléments suivants
ressortent :

  • A l’embouchure du Petit Voiret, ruisseau entièrement genevois, les
    concentrations de paracétamol et d’un antidiabétique sont nettement plus
    élevées en comparaison d’autres stations de mesures en amont, France
    incluse. On y trouve ailleurs un agent de contraste, l’iomeprol, qui ne
    devrait pas se retrouver dans les eaux usées et encore moins dans les eaux
    claires.
  • En amont du pont du Centenaire, on trouve 1600 fois plus de
    methoxyfénozide qu’à Lully. Cet insecticide utilisé en viticulture et
    arboriculture a une dose létale (LD50) pour les abeilles de >100microg/L. Si le jour du prélèvement, on en a mesuré 1,6 microg/L,
    quelle était la concentration le jour d’avant ? Une telle concentration dans
    la rivière laisse imaginer la quantité épandue dans l’environnement et fait
    des ravages au niveau des insectes aquatiques. A une question posée par
    un conseiller municipal d’Onex au SECOE sur ce point, ce dernier a
    répondu : « La période d’utilisation du méthoxyfénozide coïncidait avec
    le prélèvement (mois de juillet). Le mois suivant, sa concentration était
    retombée à 13 nanog/L. »
  • Si l’on regarde d’autres indices comme celui des herbicides, en France,
    l’on constate que les nants de la Folle et le Ternier, les deux principaux
    ruisseaux qui forment l’Aire à Saint-Julien, ont des indices
    respectivement de 0,49 et 0,15, mais en Suisse à la station du Gratillet
    (Bardonnex), l’indice est de 1,9. En gros, une « soupe » de Roundup sort
    de la Lissole en aval du pont de l’autoroute. N’est-il pas possible
    d’identifier son origine et de discuter avec les pollueurs pour trouver des
    solutions ?
  • Les conclusions du rapport sont que : « L’état de santé global de la rivière
    reste insatisfaisant, mais que les indicateurs biologiques se sont améliorés
    grâce à la renaturation. En Suisse, le Maraîchet, la Lissole et le Voiret
    reçoivent des eaux polluées par l’agriculture et l’assainissement. Seuls le
    Grand Nant et le Ternier atteignent les objectifs écologiques pour les
    algues diatomées et le macrozoobenthos en France. Pour améliorer l’état
    écologique du bassin versant de l’Aire et atteindre les exigences et les
    objectifs légaux concernant la protection des eaux, les efforts entrepris
    ces dernières années ne devraient pas être relâchés ». Mais de quels
    efforts s’agit-il ?
    Ces conclusions sont tout à fait insuffisantes et conduisent droit à une
    mesure purement fataliste et qui signe l’échec des « efforts entrepris »,
    comme l’interdiction de la pêche en 1982. Le répit suite au raccordement de
    la STEP de Saint-Julien à la STEP d’Aïre dans les années 90 aura été de
    courte durée !

Pollution

La Tribune de Genève a publié le 28 mai 2020 un article intitulé :
« Pollution des cours d’eau – La baignade dans les rivières genevoises est
déconseillée ». On lit que : « si le porte-parole du SECOE convient que la
qualité de l’eau n’est pas satisfaisante dans plusieurs rivières genevoises, il fait néanmoins état d’une énorme amélioration ces dernières années. On
revient de très loin. Jusqu’au début des années 2000, il était encore
strictement interdit de se baigner dans l’Aire, par exemple. Depuis, la qualité
s’est nettement améliorée. »

Cet optimisme officiel est inacceptable et est totalement démenti par les
faits depuis des décennies. Les exigences légales sont bafouées et les
riverains de la rivière se sentent méprisés. Ne baissons pas les bras devant
cette situation et demandons une mise à plat des mesures prises et à prendre.
Ne laissons pas mourir l’Aire en silence.

Il faut fondamentalement revoir la stratégie de protection
quantitative et qualitative de l’Aire et mettre impérativement la vitesse
supérieure.

L’urbanisation du bassin versant qui se poursuit de plus belle en France
comme en Suisse va contraindre les communes françaises à utiliser de l’eau
du lac ou de la nappe de l’Arve, via un système de pompage et des
canalisations. Dès lors, il convient de rendre les sources à la rivière et
d’alimenter le réseau français avec l’eau du lac.

Il faut en parallèle optimiser la rétention d’eau de pluie et revoir la
stratégie de récupération des eaux claires avec des bassins de rétentions, mais
pas des trous étanchéistes avec des bâches de plastique noir où l’eau se
réchauffe et s’évapore.

La STEP de Saint-Julien avait été raccordée à celle d’Aïre à la fin des
années 90. Maintenant, ce sont les rejets de la STEP de Neydens qui sont
problématiques. Au lieu d’envoyer encore plus d’eaux sales à Aïre, est-il
possible d’améliorer l’épuration sur le site ? L’avantage est que si la STEP
apporte de l’eau avec une qualité adaptée à la rivière, la rivière va améliorer
naturellement la qualité de l’eau le long de son cours.

L’agriculture a encore une grosse marge de progression. Le rapport
d’analyse de l’eau de l’Aire montre par lui-même quels efforts il faut faire.

Les mauvais raccordements doivent aussi être identifiés.

Une rivière vivante

Pour avoir une rivière vivante, voici des actions à entreprendre rapidement :

  1. Sur territoire suisse
    • Revoir tout le réseau de collecteurs d’eaux claires et ne plus avoir
      d’arrivée directe dans la rivière mais dans un réservoir qui fait tampon,
      équipé de senseurs. Le but serait de pouvoir intervenir lors d’un
      déversement accidentel et de purifier l’eau avant son rejet
      (ozonolyse/charbon).
    • Motiver et/ou contraindre les utilisateurs d’insecticides, herbicides,
      pesticides et fongicides à y renoncer, édicter des normes permettant
      d’assurer la non-nocivité pour le bassin versant.
    • Faire des analyses plus régulières de l’eau (les progrès de la chimie
      analytique et des traitements des données automatiques permettraient de
      le faire sans devoir engager du personnel supplémentaire) pour apporter
      des mesures correctives rapides et adaptées.
    • Soutien d’étiage. Les nouvelles constructions aux Cherpines comportent
      4000 logements, donc environ 10 000 habitants, sans compter les
      2500 places de travail. Selon les SIG, la consommation moyenne d’eau
      par habitant est de 145 l/jour. Ce qui veut dire qu’on va pomper
      1450 mètres cubes d’eau/jour du lac. Cette eau va être ensuite pompée
      après usage sur la STEP d’Aïre. En période d’étiage, le débit est de
      850 mètres cubes/jour, donc presque le double.
    • D’une façon générale, l’on ne peut plus évacuer 0,3 l d’urine avec 10 l
      d’eau propre. Il faut changer la façon de faire, séparer les eaux grises des
      matières fécales, recycler les eaux grises pour les toilettes, comme cela se
      fait déjà dans certaines coopératives d’habitation. Les bassins de
      rétention ou lagunages pourraient partiellement aider. La gestion des eaux
      n’a malheureusement pas évolué. Exiger au nouveau quartier des
      Cherpines une gestion futuriste de l’eau est une voie à envisager !
  2. Sur territoire français
    • Il faut renoncer aux pompages intensifs dans les sources. Les eaux des
      sources : des Crêts, des Tattes, Moisin, Montrailloux, Pralet-Solitude, Sapin sont captées et restituées via la STEP de Neydens. La source du
      captage de la Ravine alimente, elle, Saint-Julien, donc ses eaux se
      retrouvent dans la station de pompage de Saint-Julien qui envoie ses eaux
      usées à Aïre. Comme de toute façon à terme l’eau va manquer, pourquoi
      ne pas restituer les sources à la rivière et amener l’eau potable du lac ?
    • Lorsque l’on a raccordé la STEP de Saint-Julien à Aïre, ce n’était pas
      pour avoir une nouvelle STEP à Neydens. Mais comme ses rejets sont la
      source principale d’alimentation de la Folle, le principal affluent de
      l’Aire, alors pourquoi ne pas payer le juste prix de l’épuration de l’eau
      pour avoir un rejet d’une eau propre.
    • Le développement de Saint-Julien, pratiquement dans le lit de la rivière,
      est incompatible avec notre responsabilité écologique et sociale, soit
      d’entretenir une nature en ville, lieu de resourcement, de fraîcheur. Est-il
      possible de préserver ou de réaménager encore un peu d’espace naturel le
      long de l’Aire et ses affluents ?

Médicaments, insecticides, pesticides, fongicides et herbicides polluent
l’Aire. Il est aujourd’hui urgent d’agir : en assurant une qualité d’eau qui
permette une vie aquatique équilibrée ; en garantissant un débit minimum de
100 l/s en aval des pertes de Perly-Certoux ; en développant un plan de
gestion de l’eau sur l’ensemble du bassin versant avec une vision à long
terme, tenant compte de l’urbanisation intensive ; en établissant un calendrier
avec un échéancier à 2, 5 et 10 ans des actions à entreprendre ; en établissant
un cahier des charges franco-suisse avec un fonds dédié uniquement à la
gestion de l’eau et à la préservation de la rivière ; et, enfin, en mettant en
oeuvre une augmentation de l’espace dévolu à la rivière de ses sources à la
ville, au-delà de l’espace de renaturation.