Alors qu’une légère période d’accalmie va nous offrir un peu de répit avant un prochain épisode caniculaire, les Vert·e·s ont déposé une motion demandant au Conseil d’Etat d’introduire des normes réglementaires sur la performance énergétique des bâtiments en période estivale, à l’image de celles qui existent déjà pour l’hiver. La motion prévoit également un mécanisme de subventionnement des propriétaires pour les mises aux normes, de sorte que celles-ci ne soient pas reportées sur les locataires. Face à des épisodes caniculaires appelés à se multiplier, les Vert·e·s défendent une réponse qui protège durablement la population, plutôt que de faire reposer l’adaptation sur les seules épaules des habitantes et habitants, contraints d’investir dans une climatisation individuelle.

Les canicules que nous connaissons aujourd’hui ne sont pas une surprise. Depuis des décennies, les climatologues et les partis écologistes alertent sur les conséquences du dérèglement climatique. Faute d’avoir suffisamment réduit les émissions, il faut désormais accélérer l’adaptation de nos villes et de nos bâtiments. La pédagogie des catastrophes ayant souvent malheureusement plus d’effet que les avertissements de la science, les Vert·e·s demandent aujourd’hui que Genève se dote d’une véritable politique de confort thermique estival.

Climatisation, alpha et oméga ?

La climatisation est la solution vers laquelle les habitants de logements-bouilloires sont contraints de se tourner pour rendre leur quotidien vivable. Sur le court terme et à titre individuel, c’est une solution efficace – et nécessaire, en particulier pour les personnes vulnérables. Mais elle ajoute des charges supplémentaires, génère des fuites de gaz réfrigérants (gaz fluorés) et rejette de l’air chaud à l’extérieur, aggravant les îlots de chaleur dans le voisinage immédiat et, in fine, la fournaise que nous avons subie ces jours.

Inégalité devant le réchauffement climatique 

Nous ne sommes pas toutes et tous égaux face aux fortes chaleurs. Dans les quartiers populaires, les logements sont plus souvent mal protégés contre celles-ci en raison des caractéristiques du bâti, du manque de protections solaires, de l’absence de végétation ou encore de leur localisation le long d’axes fortement minéralisés. Leurs habitantes et habitants disposent également de moins de possibilités pour se mettre au frais ailleurs. Ils paient ainsi deux fois le prix des canicules : d’une part, en vivant dans des bâtiments qui deviennent de véritables bouilloires thermiques et, d’autre part, en devant financer eux-mêmes leur adaptation par l’achat et l’usage d’une climatisation – d’autant plus énergivore et coûteux que le logement est mal isolé et accumule la chaleur.

De nouvelles normes pour la période estivale et des rénovations adaptées

Il existe aujourd’hui des exigences réglementaires visant à limiter les pertes de chaleur des bâtiments en hiver. Les Vert·e·s demandent que des exigences comparables soient introduites pour l’été, afin de garantir un niveau minimal de confort thermique lors des épisodes caniculaires. Etant donné le taux de rénovation extrêmement bas (1%) du domaine bâti genevois, si rien n’est entrepris, il faudra des décennies pour que tous les locaux soient adaptés. Chaque rénovation énergétique devrait être l’occasion d’améliorer simultanément les bâtiments aux fortes chaleurs.

Propriétaires responsables

A mesure que les canicules deviennent un enjeu majeur de santé publique, le rafraîchissement des bâtiments doit être considéré avec la même importance que leur chauffage. Les Vert·e·s demandent que les propriétaires soient tenus de mettre leurs bâtiments en conformité avec de nouvelles exigences de confort thermique estival et qu’un mécanisme de subventionnement public soit prévu, de sorte que les coûts ne soient pas répercutés sur les locataires.

Rendre un logement habitable en été ne doit pas relever de la responsabilité individuelle des habitantes et habitants. C’est au parc immobilier genevois de s’adapter aux réalités climatiques d’aujourd’hui. Les logements, écoles, crèches, EMS et lieux de travail doivent rester vivables, même lors des épisodes de canicule. Nous n’accepterions plus aujourd’hui un logement sans chauffage en hiver. Nous ne devrions plus accepter qu’un logement devienne inhabitable en été. 

Des réponses à la hauteur des enjeux

Alors qu’une plus grande partie de la droite semble enfin sortir du déni et prendre conscience de l’évidence sur laquelle les partis écologistes alertent depuis des décennies, elle propose exclusivement des solutions court-termistes reposant sur les habitant·e·s. Mais l’urgence climatique exige davantage que des solutions de circonstance : les canicules ne sont plus des événements exceptionnels, elles font désormais partie de notre quotidien, et nos bâtiments doivent être conçus pour y faire face, comme c’est déjà le cas contre le froid.

Les Vert·e·s défendent des mesures à la fois immédiates et structurelles, inscrites dans une réponse collective, capables de répondre aux besoins d’aujourd’hui et à ceux des générations futures, plutôt que de réduire l’adaptation climatique à une addition de solutions individuelles et de court terme.

Contacts

Philippe de Rougemont, député au Grand Conseil, auteur de la motion
Louise Trottet, députée au Grand Conseil, et cheffe de groupe